Bornée
au nord par la baie de Gaspé et, au sud par celle de Malbaie,
la Pointe Saint-Pierre s'avance au coeur du golfe Saint-Laurent
tel un tremplin, ouvrant de trois côtés sur la mer
de larges horizons. Depuis la petite anse qui en occupe le flanc
nord, l'endroit offrait au siècle dernier un accès
priviligié aux bancs de pêche situés à
proximité de la "côte de Gaspé", notamment
le banc des Américains.

En outre, sa position
géographique - presqu'à mi-chemin entre les pôles
économiques de Gaspé et de Percé - prédestinait
le site à une exploitation intense par les pêcheurs
et les entreprises qui les employaient.
Dans son état
actuel, on imagine mal que le site de Pointe Saint-Pierre fut jadis
l'un des établissement de pêche les plus importants
de la côte, avec une occupation humaine et l'un des bâtis
les plus denses de la Gaspésie. Là où désormais
ne subsistent que quelques maisons anciennes, il se trouvait durant
la seconde moitié du 19e siècle près d'une
centaine de bâtiments : résidences, cookrooms,
chafauds, entrepôts et magasins, sans compter les dépendances
agricoles et les boutiques d'artisans qui desservaient les entreprises
locales. La qualité architecturale de certaines maisons conservées
sur le site (les maisons Legros et Fauvel, en particulier) laisse
deviner que ces constructions veillaient autrefois sur beaucoup
plus qu'un champs semi-désert exposé à tous
les vents : leurs propriétaires, visiblement, avaient été
fort prospères.
L'activité
historique de Pointe Saint-Pierre s'est surtout concentrée
dans le secteur de l'anse où, assez tard - probablement vers
la fin du 19e siècle - , on a installé un quai d'importance,
implanté dans le prolongement de l'éperon rocheux
qui ferme l'anse à l'extrémité est.
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Le quai était
appelé à desservir le trafic maritime de plus fort
tonnage qui fréquentait la pointe, notamment les navires
qui effectuaient le transport outremer du poisson pour le compte
des entreprises locales; mais aussi, on y accueillait les goélettes
qui effectuaient le cabotage côtier avec leurs marchandises,
de même que les steamers qui amenaient des passagers. Quant
aux barges des pêcheurs, on utilisait plutôt la surface
de l'anse, où de longs cordages reliant le rivage à
des bouées ancrées plus au large, servaient à
amarrer sur leur tangons les barges de pêche rattachées
à chacun des établissements.
Il n'existe pas
d'indications claires quant à une occupation des lieux sous
le régime français, exception faite d'une chapelle
de missionnaires à la fin du 17e siècle, ainsi que
d'une possible fréquentation par des pêcheurs saisonniers
durant la première moitié du 18e siècle. Ce
n'est toutefois que vers 1785, à peu près au temps
de l'arrivée des Loyalistes dans le secteur de Gaspé,
qu'on assiste à l'installation d'établissements vraiment
"permanents" à la Pointe Saint-Pierre. Ce sont
d'abord des entrepreneurs de pêche qui se sont implantés,
comme la topographie des lieux l'y prédestinait.
Lorsqu'en 1866,
Thomas Pye visite la Pointe Saint-Pierre, il trouve sur place trois
entreprises de pêche en opération : John & elias
Collas Co., John Fauvel Co. et Alexandre et LeGresley. Fondées
durant les années 1850, toutes se développent au fil
des transactions de propriétés fort complexes, souvent
par le rachat d'entreprises existantes déjà vouées
à la pêche : de plus grandes, mais aussi de plus modestes.
La John & Elias Collas Co. constitue en fait, l'établissement
le plus révélateur de toute l'histoire de la pointe
Saint-Pierre : d'une part, ce fut le plus étendu de tous
les postes locaux, mais aussi, les Collas ont joué un rôle
fondamental dans l'histoire des pêches gaspésiennes
dans leur ensemble. Aux côtés des Collas, John Fauvel
et ses fils exploitent longtemps une entreprise d'importance, tandis
que les Alexandre, LeGresley, LeMarquans et LeGros composent une
longue succession de sociétés et de familles apparentées
qui ne constituent, en fait qu'un seule et même entreprise
commerciale opérant en continuité sur une période
de près d'un siècle. |